vernissage samedi 7 septembre 2019 à 18h

Le travail de Bruno Goosse s’axe depuis quelques temps autour des faits oubliés qui semblent anodins mais dont les traces continuent a agir dans les imaginaires et impactent le champ social. Apprendre que la première chose qui a été protégée en vertu d’une loi en Belgique était un champ de bataille (celle de Waterloo) a mis son travail sur ce chemin. Qu’est-ce qui persiste dans le présent lorsqu’on tente d’interrompre la fuite inexorable du temps?

Artiste-chercheur et enseignant à l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, Bruno Goosse développe actuellement une recherche autour des anciens sanatoriums, des deux côtés de la frontière en France et en Belgique. Dans cette perspective il s’intéresse au patrimoine du Centre Hospitalier d’Helfaut, près de Saint-Omer, dont le bâtiment historique est un sanatorium qui date des années 1930. Son histoire est particulière puisqu’il fut conçu comme sanatorium. Or, l’évolution d’un sanatorium en un centre hospitalier ne semble pas si évidente à postériori. Beaucoup de ces bâtiments ont été détruits sans doute parce qu’après avoir représenté l’espoir de la guérison, il signifiaient encore la victoire de la mort ; d’autres, surtout en Suisse, ont été converti en hôtel ; d’autres enfin, sans doute pas les plus nombreux, ont poursuivi leur mission de santé.

Si le bâtiment en question n’est pas protégé au titre des monuments historiques (ni classé, ni inscrit), il a fait l’objet d’une étude de la part du service de l’inventaire général du patrimoine culturel. Ce service a pour vocation de recenser, d’étudier et de faire connaitre l’ensemble du patrimoine français. Quel est l’effet du classement ou d’une étude patrimoniale sur notre rapport au temps et notre perception du passé ? Ce classement d’un bâtiment ou d’un site peut se faire de façon formellement administrative, ou plus dans un souci de recherche scientifique ou même uniquement populaire par les populations elles-mêmes qui considèrent alors les lieux comme inaltérables. Car, en effet, classer un bâtiment ou un site produit une certaine immobilisation, une résistance aux effets du temps, un imaginaire de la pérennité. Parfois, cet arrêt du temps se transforme en un modèle : modèle à suivre, mode d’emploi, possibilité de l’imitation… dans une tentative d’échapper au temps qui passe, à son action sur toutes choses et sur nos vies, à l’Histoire.

Notre projet veut amener le public à s’interroger sur la manière dont l’histoire se constitue en un récit qui tend à figer le cours du temps en une chose qui se voudrait définitive.

site de Bruno Goosse : http://www.tirantdair.org/